Le retour de la pose


Pourrait-on évoquer le retour des poses ?

Nous nous donnons à la tranquillité naturelle dans laquelle le corps n'est que masse vibratoire, puis s'impose la notion d'une pose et l'ordre du corps de l'exécuter. Oubliez tout de suite l'ordre. Momentanément, il semble que le corps quitte cette tranquillité, qu'il se noie dans la pose. Dans une pose correctement approchée, certains réseaux d'énergie se ferment, et l'énergie s'accumule dans les régions visées. Cette accumulation peut être d'ailleurs très développée par une approche appropriée du souffle. Quand vous revenez, la verticalité retrouvée permet à ces barrages de laisser libre un flot d'énergies qui, lors de leur réintégration dans la conscience, brûlent sur leur passage certains encombrement psychiques et physiques. Au début, l'énergie sera ressentie comme une caresse effleurant la région cervicale pour se perdre dans l'arrière-tête ; un peu comme dans l'art khmer, le serpent se dresse derrière la tête du Bouddha en méditation. L'impression de quitter la tranquillité pour se donner à ces jeux d'énergie cessera. La tranquillité, le silence dans lequel s'expriment ces modalités subtiles reste présent pendant l'émission, le déploiement et la résorption de l'énergie.

Aucun accent n'est mis sur les modalités énergétiques.

Restez sciemment dans cet arrière-plan célébré dans l'instant par tel ou tel archétype énergétique.

L'énergie jaillit de la conscience, s'y déploie et s'y résorbe. Comment ce qui jaillit, se déploie et se résorbe dans quelque chose pourrait-il être différent de ce quelque-chose?

L'énergie n'est que conscience; il n'y a pas de dualité.

" C'est Shiva Lui-même, à la liberté indomptable et à la conscience inaffecté, qui est à jamais étincelant dans mon coeur. C'est sa plus haute énergie, Shakti, qui joue à jamais à la limite de mes sens. Le monde entier resplendit comme la grande réjouissance de la pure conscience. En effet je ne sais pas à quoi le mot "monde" peut bien faire référence."

Abhinavagupta, Tantraloka

A un autre niveau, soulignons que, souvent, même lors d'une pose vacante, il y a une tendance à utiliser un effort musculaire pour le retour. Dans l'exemple de la pose en avant, le dos intervient pour soulever le buste. Cette activation de la structure musculaire entraînera des opacités empêchant l'énergie de monter quand la verticalité sera réintégrée. Il s'agit plutôt de sentir le buste couché sur un grand ballon. Le ballon se gonfle davantage et repousse le buste en arrière.

Le buste est déposé sur le ballon.

Le dos, déposé dans le devant du corps reste effondré, non actif pendant la remontée. Essayez et voyez la différence. Dans le deuxième cas, vous sentirez cette caresse des énergies très clairement.

Ne jamais aborder une autre pose tant que subsiste un reliquat sensoriel de la pose précédente.

Quand toute l'explosion sensorielle aura brûlé la mémoire de ce qui vient d'être accompli, alors éventuellement, une autre pose peut être envisagée. La notion de contre-pose, si justifiée en gymnastique, ne concerne pas l'art du yoga. Chaque pose est une totalité, et, sans mémoire de la pose précédente, comment pourrait-on savoir ce que serait son contraire ?

Entretien avec Eric Baret extrait du " Yoga tantrique du Cachemire" - ed. du Relié